Ils ne sont plus que six en course, Christie, Fiorina et Gilmore ayant jeté l’éponge. Le débat du jour est animé par CBS et se tient à Greenville, en Caroline du Sud, où a lieu le prochain scrutin républicain.
Résumé
Ça a castagné sec, avec pas moins de sept prises à partie, dont quatre entre Trump et Bush. Une autre passe d’armes remarquée a opposé le magnat de l’immobilier à Cruz, lequel ferrailla également avec Rubio. Enfin, une autre algarade (de basse intensité celle-là) opposa Bush et Kasich. Rien à signaler en revanche concernant Carson, transparent
Conséquence de cette agressivité marquée : Trump semble plus que jamais en position de pouvoir tout se permettre et traite Bush avec un dédain incroyable. Celui-ci bataille mais n’a pas la carrure ni les arguments pour déstabiliser le magnat. L’autre sortie marquante concernant ce dernier a été son attaque brutale sur Cruz, comme s’il avait reçu un blanc-seing pour exprimer ce que le parti pense du sénateur du Texas, lequel fait office de repoussoir interne numéro un, comme l’a montré la passe d’arme sur l’immigration avec Rubio (cf. infra). De son côté, Kasich a essayé à nouveau de se positionner en unificateur.
En résumé : une bonne soirée pour Donald Trump qui se montre de plus en plus arrogants (c’est possible) et sûr de lui, la défaite en Iowa est oubliée, le net succès au New Hampshire et les sondages dans les États à venir le confortent dans son attitude ; soirée moyenne pour Ted Cruz, qui a paru peu présent et s’est fait à deux reprises traiter de menteur ; soirée OK pour Marco Rubio (pas d’erreur ni de moment gênant comme lors du débat précédent, et une bonne présence, même si sans moment véritablement fort, l’algarade avec Cruz exceptée ) ; soirée OK aussi pour John Kasich, qui a essayé de prendre de la hauteur et, à nouveau, de se positionner en rassembleur ; soirée mitigée pour Jeb Bush, qui a sans doute tiré ses ultimes cartouches, sans plus de succès que précédemment ; quant à Ben Carson, tout le monde s’en fiche, c’est à peine si les autres candidats l’écoutent, d’autant qu’il a encore trouvé le moyen de faire une réflexion sur le peu de temps de parole qu’il reçoit, avant d’inviter les électeurs à visiter son site où, dit-il, il a plein de plans pertinents.
Les « Battles »
- Donald Trump
- Jeb Bush
Les plus nombreuses concernèrent Bush et Trump. La première surgit avec la critique émise par Bush quant à la volonté de Trump de composer avec la Russie en Syrie, Bush privilégiant quant à lui la destitution de Bachar el-Assad. Le milliardaire réagit alors vivement avec un méprisant « Jeb Bush is so wrong ». Les huées qui suivirent entraînèrent une réponse sur « les lobbyistes et les intérêts spéciaux » parmi les supporters de Jeb, puis sur l’échec d’une stratégie qui n’a jamais marché, avant de conclure sur un risque de Troisième Guerre mondiale. Bush rétorqua que Trump apprenait la politique étrangère dans des shows télévisés, qu’il pensait que Clinton était une grande négociatrice, et qu’insulter les gens était sa manière de faire campagne. Trump eut le dernier mot en lâchant une phrase sur les 44 millions de dollars dépensés en publicité au New Hampshire par Bush, pour le résultat que l’on sait.
La deuxième passe d’arme concerna « W. » (qui va venir prêter main forte à son frère en campagne en Caroline du Sud). Interrogé pour savoir s’il maintenait ses propos quant à une poursuite en destitution que George W. Bush aurait dû subir pour la guerre en Iraq, Trump répondit que cette guerre avait été une erreur énorme et que Jeb Bush avait mis cinq jours en début de campagne pour savoir comment se positionner sur ce sujet. Celui-ci rétorqua en avoir marre qu’Obama et Trump attaquent sa famille et qu’il était fier des accomplissements de son frère. La discussion passa alors sur la mère de Jeb, « la femme la plus forte que je connaisse », dit-il, ce à quoi Trump répondit que c’était elle qui devrait « concourir ». Un peu après, Rubio vint au secours des Bush en déclarant qu’il était heureux d’avoir eu W. à la Maison Blanche lors du 11 septembre plutôt qu’Al Gore et que, de toute façon, l’Irak violait les résolutions de l’ONU. Trump revint à la charge : « how can you say he kept us safe ? The WTC went down and I lost friends ».
Au cours d’une troisième prise de bec : Trump affirma que Bush était la personne sur scène la plus faible en matière d’immigration, le qualifia de « ridicule » et en remit une couche sur ses publicités. Jeb contra en accusant son adversaire de dénigrer les femmes, les handicapés, John McCain …
Pour finir, une dernière « battle » fut lancée par l’accusation de Bush comme quoi Trump avait fait faillite à quatre reprises. Trump nia avec véhémence et s’attaqua en retour au bilan de Bush en Floride, qualifiant celui-ci d’horrible.
- Ted Cruz
- Marco Rubio
Deux autres moments tendus, voire violents, concernèrent Cruz. Le premier fut un combat de coq avec Rubio sur l’immigration. Cruz commença par rappeler qu’il s’était opposé au plan d’amnistie Rubio-Schumer et qu’il avait empêché son vote. Rubio contre-attaqua en accusant Cruz d’avoir dit tout et son contraire concernant l’amnistie et d’être un menteur. Cruz rétorqua que « Marco » veut la citoyenneté pour 12 millions d’illégaux et qu’il avait déclaré en espagnol sur la chaîne de télé Univision qu’il n’annulerait pas l’amnistie imposée par Obama s’il était élu, ce à quoi Rubio réagit en déclarant que … Cruz ne parlait pas espagnol, s’attirant aussitôt les foudres de son rival qui lui lâcha quelques mots dans ce langage ! Rubio en remit une couche en parlant des mensonges racontés par Cruz depuis plusieurs semaines (sur Ben Carson en Iowa, sur le planning familial …)
L’autre combat livré par Cruz le fut avec Trump, celui-ci reprochant au sénateur de Texas de mentir lorsqu’il attaquait son degré de conservatisme. Le milliardaire fut particulièrement violent, parlant de « single biggest liar » et de « nasty guy ». Cruz rétorqua que Trump ne répondait pas sur la question posée.
Enfin, ultime échange à mentionner : celui entre Bush et Kasich, infiniment moins brutal que les précédents et, d’une certaine manière, quelque peu comique lorsque les deux candidats se mirent à comparer leur bilan respectif en tant que gouverneur de Floride et de l’Ohio.
Les thèmes abordés
- La nomination d’un successeur au juge conservateur à la Cour suprême Antonin Scalia, tout juste décédé (pour tous, Obama doit laisser cette tâche au prochain président, et, s’il décide de passer outre, les républicains et Mitch McConnell doivent tout faire pour retarder la confirmation du nouveau juge).
- Iran, Daech, Russie, impact de la guerre en Iraq.
- Le financement des projets de sécurité sociale de Trump (« je la sauverai en ramenant les emplois et l’argent dans notre pays, je rendrai à ce pays sa grandeur » ; cas de Ford qui veut délocaliser une usine au Mexique).
- Les projets fiscaux de Cruz, qui a insisté que la business taxe qu’il envisageait d’introduire n’était pas une TVA.
- Le programme social appliqué par Kasich en Ohio.
- L’immigration illégale, principalement mexicaine (pas un mot sur les musulmans), sujet toujours très chaud.
- Rubio qui en remet une couche sur le fait que le prochain locataire de la Maison Blanche sera dans la même situation que Reagan en 1980 : devoir succéder à un président (Jimmy Carter) qui aura été le plus mauvais au cours des 35 dernières années.
Le résumé du débat en vidéo
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